Trompette dorée posée sur une table en bois, gros plan sur les pistons

En bref : près de trente ans après sa disparition, Nini Rosso, l’auteur du tube planétaire Il Silenzio, reste une figure incontournable de la trompette populaire italienne. En septembre 2026, la ville de San Michele Mondovì (Piémont) accueille la deuxième édition du concours « Le Melodie di Nini Rosso – Un omaggio musicale », doté de 7 000 € et jugé par un jury international. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 5 septembre, pour un concours qui se déroulera les 18 et 19 septembre 2026.

Qui était Nini Rosso, la voix de trompette la plus vendue d’Italie ?

Né en 1926 sous le nom de Raffaele Celeste Rosso, celui que tout le monde connaîtra plus tard sous le pseudonyme de Nini Rosso s’impose dans les années 1960 comme l’un des trompettistes les plus populaires d’Europe. Sa carrière bascule en 1964 avec Il Silenzio, une mélodie inspirée de la sonnerie militaire américaine « Taps », que Nini Rosso transforme en ballade lyrique et bouleversante. Le disque se vend à plusieurs millions d’exemplaires à travers le monde et reste, aujourd’hui encore, l’un des morceaux pour trompette les plus reconnaissables du grand public, bien au-delà du cercle des musiciens.

Ce qui frappe chez Nini Rosso, ce n’est pas seulement le succès commercial : c’est un jeu immédiatement identifiable, chantant, presque vocal, qui a permis à des millions d’auditeurs non-initiés de découvrir la trompette autrement que par le répertoire classique ou le jazz. Cette capacité à toucher un public populaire, loin des salles de concert traditionnelles, explique en grande partie pourquoi son nom continue de circuler, notamment en Italie, près de trois décennies après sa mort.

Au-delà d’Il Silenzio, Nini Rosso a construit une discographie abondante, mêlant compositions originales et reprises populaires, souvent portées par des arrangements d’orchestre légers qui mettaient sa sonorité en avant plutôt que la virtuosité pure. Ce choix artistique, à contre-courant d’une certaine tradition de la trompette classique centrée sur la performance technique, a sans doute contribué à ancrer son nom dans la culture populaire italienne plutôt que dans les seuls cercles spécialisés. Sa trompette accompagnait les dimanches à la radio et les emblématiques variétés télévisées de l’époque, un statut que peu d’instrumentistes solistes ont réussi à atteindre avant ou après lui.

San Michele Mondovì, ville natale et lieu de mémoire

C’est à San Michele Mondovì, petite commune du Piémont où Nini Rosso est né, que se tient le concours qui porte son nom. Cette localisation n’a rien d’anodin : elle ancre l’hommage dans un territoire précis, loin d’une opération marketing hors-sol, et permet à la ville de conserver vivante la mémoire de l’un de ses enfants les plus célèbres.

La première édition du concours a posé les bases d’un rendez-vous appelé à durer. Cette deuxième édition, prévue les 18 et 19 septembre 2026, confirme la volonté des organisateurs d’inscrire l’événement dans la durée, avec une ambition affichée : transmettre aux nouvelles générations de trompettistes un répertoire et un style trop souvent relégués au rang de nostalgie populaire.

Ce type d’initiative locale, portée par une fondation musicale plutôt que par une grande institution nationale, illustre aussi une réalité propre au tissu musical italien : de nombreuses villes moyennes entretiennent des concours ou des académies dédiés à une figure locale, créant un maillage d’événements moins visibles à l’international que les grands concours classiques, mais essentiels à la transmission d’un patrimoine musical de proximité. San Michele Mondovì s’inscrit pleinement dans cette dynamique, en misant sur la notoriété de son enfant le plus célèbre pour faire vivre une scène locale et attirer des candidats venus d’autres régions, voire d’autres pays.

Un jury de haut niveau et une dotation de 7 000 €

Le concours n’a rien d’un hommage folklorique mineur : le jury réunit des personnalités reconnues sur la scène internationale de la trompette, parmi lesquelles Esteban Batallán, trompette solo du Chicago Symphony Orchestra, l’Italien Andrea Tofanelli, dont la réputation dépasse largement les frontières transalpines, et Ercole Ceretta. Cette composition place le concours à un niveau d’exigence qui contraste avec l’image parfois datée associée à Nini Rosso.

La présence d’Esteban Batallán au sein du jury mérite d’être soulignée : titulaire d’un des postes de trompette solo les plus en vue au monde, sa participation à un concours consacré à un répertoire populaire montre que la frontière entre trompette « savante » et trompette populaire reste, pour beaucoup de musiciens professionnels, bien plus poreuse qu’on ne le pense souvent depuis la France, où les circuits classique, jazz et variété restent parfois cloisonnés dans les représentations du public comme dans les cursus d’enseignement.

La dotation totale de 7 000 €, répartie entre les lauréats, en fait un concours attractif pour de jeunes trompettistes en quête de reconnaissance, dans un calendrier estival qui laisse le temps de préparer un programme dédié. À l’échelle d’un concours de musique de chambre ou de musique populaire, cette somme reste significative et témoigne d’un soutien financier réel de la part des organisateurs et de leurs partenaires locaux.

Pourquoi ce nom reste moins familier en France

Si Nini Rosso demeure une référence quasi incontournable en Italie, son nom parle souvent moins aux jeunes trompettistes français, davantage nourris au répertoire classique, au jazz ou aux figures françaises comme Maurice André. Cet écart culturel rend le concours d’autant plus intéressant à suivre côté francophone : il offre une occasion de (re)découvrir un pan de l’histoire de l’instrument porté par un style très différent des canons habituels de l’enseignement classique, et de mesurer comment un même instrument peut incarner des identités musicales nationales très contrastées.

Cette différence de notoriété tient en partie à la diffusion des œuvres : quand la France a construit sa mémoire collective de la trompette autour du répertoire concertant et du jazz, l’Italie a conservé un lien plus direct avec une trompette de variété, popularisée par la radio et la télévision des années 1960-1970. Pour un trompettiste francophone curieux d’élargir ses références, écouter aujourd’hui Il Silenzio ou d’autres enregistrements de Nini Rosso permet de mesurer à quel point un même instrument peut porter des esthétiques et des usages sociaux très différents selon les pays, sans que l’un disqualifie l’autre.

Un concours accessible aux trompettistes francophones ?

Rien dans le règlement ne restreint la participation aux seuls musiciens italiens : le concours s’adresse à des candidats venus de différents horizons, ce qui en fait, en théorie, une option ouverte pour des trompettistes français, belges ou suisses en quête d’une expérience de concours à l’étranger. Concourir hors de son pays d’origine, dans une langue et un contexte culturel différents, reste une expérience formatrice en soi, indépendamment du résultat obtenu : elle oblige à sortir des repères habituels, à s’adapter à un jury et à un public qui n’ont pas nécessairement les mêmes attentes esthétiques que les concours français.

Pour un candidat francophone, se présenter à ce concours implique aussi de travailler un répertoire moins fréquenté par l’enseignement classique traditionnel. Contrairement aux concours adossés à un cahier des charges purement académique, celui-ci valorise un style chantant et mélodique, plus proche de la variété instrumentale que de la virtuosité pure. Cette exigence stylistique particulière peut représenter un vrai défi pour des trompettistes formés uniquement au répertoire concertant, mais aussi une occasion précieuse de travailler une expressivité et une simplicité de phrasé parfois négligées dans les cursus classiques.

Un rendez-vous à suivre dans le paysage des concours pour cuivres

Le calendrier des concours de trompette est déjà riche, entre grandes compétitions internationales adossées à des conservatoires prestigieux et concours plus confidentiels organisés par des associations locales ou des festivals. « Le Melodie di Nini Rosso » occupe une place particulière dans ce paysage : ni tout à fait un concours classique traditionnel, ni un simple hommage commémoratif, il se positionne comme un pont entre deux mondes trop souvent étanches, celui de l’enseignement académique de la trompette et celui de sa pratique populaire.

Cette hybridité pourrait, à terme, séduire un public de trompettistes en recherche de concours moins formatés, où l’expressivité et la personnalité du jeu comptent au moins autant que la précision technique pure. Reste à voir, au fil des prochaines éditions, si l’événement parviendra à élargir son rayonnement au-delà des frontières italiennes et à attirer davantage de candidats francophones, curieux de découvrir cet héritage musical par la pratique plutôt que par la seule écoute.

Informations pratiques

Le concours se déroulera les 18 et 19 septembre 2026 à San Michele Mondovì, en Italie. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 5 septembre 2026. La dotation totale s’élève à 7 000 €, répartie entre les lauréats, et le jury est composé d’Esteban Batallán, Andrea Tofanelli et Ercole Ceretta. Toutes les modalités d’inscription sont détaillées sur le site de la Fondazione Fossano Musica, organisatrice de l’événement.

Foire aux questions

Le concours est-il ouvert aux trompettistes étrangers ?
Oui, le concours est ouvert à des musiciens venus de différents horizons, sans restriction de nationalité précisée par les organisateurs.

Faut-il jouer exclusivement le répertoire de Nini Rosso ?
Le concours s’inscrit dans l’hommage à son répertoire et à son style, mais les modalités précises du programme imposé sont à consulter directement auprès de l’organisation, via le lien officiel ci-dessous.

Où trouver plus d’informations ?
Toutes les informations pratiques et le règlement complet sont disponibles sur le site de la Fondazione Fossano Musica.

Source : Trompette Actus, 17 juillet 2026.