
Une trompette peut-elle menacer la sécurité d’un pays ? Sur le papier, l’idée prête à sourire. Et pourtant, c’est très sérieusement ce que vient d’avancer l’administration Trump, qui a proposé début août 2026 d’imposer une taxe douanière de 25 % sur l’importation de nombreux instruments à vent en cuivre — trompettes, trombones, tubas, cors d’harmonie — ainsi que sur leurs pièces détachées.
Une taxe justifiée par l’article 232
Le 6 août 2026, le Bureau of Industry and Security (BIS), qui dépend du département du Commerce américain, a publié au Federal Register une proposition incluant les instruments à vent en cuivre (codes douaniers HTSUS 9205.10.0040 et 9205.10.0080) dans une liste de 14 catégories de produits visées par des droits de douane au titre de la Section 232 du droit commercial américain. Cette loi permet au président d’imposer des restrictions aux importations jugées menaçantes pour la sécurité nationale — elle a déjà servi à taxer l’acier, l’aluminium, le cuivre, mais aussi, plus étonnamment, des canapés, des couteaux ou des déodorants contenant de l’aluminium.
L’argument officiel : les cuivres, laitons et aciers utilisés pour fabriquer trompettes et trombones seraient des métaux stratégiques, et dépendre d’importations réduirait la demande adressée à la production américaine, fragilisant ainsi les capacités industrielles du pays en cas de crise majeure. Un tuba se retrouve ainsi classé dans la même catégorie que des extincteurs, des câbles électriques ou du matériel de soudure.
La période de commentaires publics court jusqu’au 27 août 2026, avant une éventuelle entrée en vigueur.
Le vrai déclencheur : la fermeture d’une usine Conn-Selmer dans l’Ohio
Le contexte éclaire beaucoup la mesure. Trois jours avant l’annonce, le grand fabricant américain Conn-Selmer avait fermé son usine d’Eastlake, dans l’Ohio, employant environ 150 salariés, pour délocaliser une partie de sa production — notamment de cors d’harmonie — vers la Chine, où les coûts de fabrication sont nettement inférieurs.
Fait notable : c’est le syndicat United Auto Workers qui avait, dès le 14 mai, demandé par courrier au secrétaire au Commerce Howard Lutnick d’ajouter les instruments à vent en cuivre aux taxes Section 232 déjà appliquées au cuivre, en réaction directe à cette fermeture d’usine.
Autre acteur central : Conn-Selmer appartient au fonds d’investissement du milliardaire John Paulson, soutien financier majeur de Donald Trump (il avait organisé une collecte de fonds ayant rapporté environ 50,5 millions de dollars pour sa campagne de 2024). Paulson milite depuis plusieurs années contre la délocalisation dans l’industrie des instruments de musique — ce qui n’a pas empêché sa propre entreprise de fermer une usine américaine pour produire moins cher à l’étranger, quelques jours à peine avant que la mesure censée protéger cette production ne soit annoncée.
Une facture salée pour 25 millions d’élèves musiciens
C’est l’éducation musicale qui risque d’encaisser le premier choc. Selon la NAMM (National Association of Music Merchants), plus de 25 millions d’élèves américains participent à des programmes de musique scolaire, largement dépendants d’instruments d’entrée et de milieu de gamme importés — la production américaine ne suffisant pas à la demande et restant nettement plus chère (un cor d’harmonie made in USA coûte environ 5 000 dollars, contre 600 dollars pour un modèle chinois importé).
Le président de la NAMM, John Mlynczak, a réagi fermement, affirmant qu’il n’existe « absolument aucun risque pour la sécurité nationale » lié aux instruments de musique. Son organisation cite une étude de l’institut Peterson (PIIE) montrant que les taxes douanières déjà en vigueur ont provoqué une baisse de 27 % des importations d’instruments à vent en 2025, ainsi qu’un coût direct de 627,3 millions de dollars pour l’industrie musicale américaine l’an dernier.
Concrètement, les magasins de musique et les établissements scolaires anticipent une hausse des prix des instruments neufs, mais aussi des réparations, les pièces détachées étant elles aussi concernées par la taxe. À terme, c’est l’accès à la pratique musicale pour des millions d’enfants qui pourrait être fragilisé.
Ce qu’il faut retenir
– Une taxe de 25 % proposée sur les instruments à vent en cuivre et leurs pièces, au nom de la sécurité nationale (Section 232).
– La mesure intervient trois jours après la fermeture d’une usine Conn-Selmer dans l’Ohio, propriété du financier John Paulson, proche de Donald Trump.
– La NAMM et de nombreux professionnels du secteur contestent l’argument sécuritaire et alertent sur l’impact pour les 25 millions d’élèves musiciens américains.
– Les commentaires publics sont ouverts jusqu’au 27 août 2026.
*Reste à voir si cette taxe entrera réellement en vigueur, ou si la mobilisation du secteur musical — écoles, facteurs d’instruments, associations comme la NAMM — parviendra à infléchir la décision avant la fin du mois d’août.*
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**Sources utilisées :** Génération NT, Washington Times, NAMM.org, OperaWire, Reason, Classic FM, Raw Story.