
En bref
Ce vendredi 4 septembre 2026, Erik Truffaz retrouve trois de ses complices historiques — Manu Codjia à la guitare, Jérôme Regard à la contrebasse et Philippe « Pipon » Garcia à la batterie — pour une soirée baptisée « Revival Session ». L’événement s’inscrit dans les 20 ans du festival Jazz au Sommet, à Saint-Genest-Malifaux, dans le massif du Pilat. Une occasion rare de retrouver, sur une même scène, une formation dont la complicité s’est construite au fil de nombreuses tournées internationales.
Un quartet qui a déjà une histoire
Erik Truffaz n’est plus à présenter aux trompettistes francophones : depuis la fin des années 1990, le musicien jurassien a imposé un son reconnaissable entre tous, mêlant trompette feutrée, sourdine et électronique, dans la lignée d’un Miles Davis période électrique revisité par les machines et les rythmiques contemporaines. Ce qui frappe dans cette « Revival Session », c’est moins la présence de Truffaz en tant que leader que la reformation d’un quartet précis, avec des musiciens qui ont accompagné certaines de ses périodes les plus marquantes sur scène.
Manu Codjia, guitariste très recherché sur la scène jazz française, Jérôme Regard, contrebassiste solide et polyvalent, et Philippe « Pipon » Garcia, batteur reconnu pour sa science du groove, forment avec Truffaz une section rythmique rodée par les tournées. Le festival présente cette réunion comme le retour d’une formation dont la complicité ne s’est pas construite en studio, mais sur scène, concert après concert.
Erik Truffaz, une trompette à part depuis les années 1990
Né en 1960 dans le Jura, Erik Truffaz s’est imposé sur la scène du jazz européen à partir de la fin des années 1990, notamment grâce à une série d’albums parus chez Blue Note qui ont marqué toute une génération de trompettistes francophones : un son mat, souvent joué en sourdine, posé sur des rythmiques empruntant autant au hip-hop et à la musique électronique qu’au jazz modal. Cette approche, parfois qualifiée d’« electro-jazz », a valu à Truffaz d’être régulièrement comparé à Miles Davis période électrique, une filiation qu’il a lui-même toujours revendiquée avec nuance, en insistant sur l’importance du groupe plutôt que sur la seule performance individuelle du soliste.
Au fil des décennies, Truffaz a multiplié les formations et les collaborations, en France comme à l’international, sans jamais renoncer à cette esthétique reconnaissable entre toutes : une trompette qui privilégie l’espace, le silence et la nuance sur la démonstration technique pure. C’est précisément cette philosophie de jeu qui rend la reformation du quartet avec Codjia, Regard et Garcia si intéressante à suivre pour quiconque s’intéresse à l’instrument.
Jazz au Sommet fête ses 20 ans dans le Pilat
La soirée a lieu à Saint-Genest-Malifaux, petite commune du massif du Pilat, dans le cadre du 20e anniversaire du festival Jazz au Sommet. Deux décennies d’existence pour un festival de moyenne montagne, c’est un signe de fidélité tant du public que des artistes programmés, à une époque où beaucoup de rendez-vous de taille comparable peinent à durer. Pour cet anniversaire, les organisateurs ont visiblement souhaité marquer le coup en misant sur une tête d’affiche capable de réunir un vrai souvenir collectif plutôt qu’un simple plateau de circonstance.
C’est tout l’enjeu du concept « Revival Session » : ne pas simplement afficher un nom connu, mais remettre ensemble des musiciens qui ont une histoire commune, avec l’espoir que cette mémoire partagée se retrouve dans le jeu collectif, l’écoute mutuelle et les prises de risque en impro.
Pourquoi cette formation intéresse les trompettistes
Pour un trompettiste qui étudie le jeu d’Erik Truffaz, ce type de reformation est particulièrement instructif. Le son de Truffaz doit beaucoup à son environnement instrumental : une guitare comme celle de Codjia, capable de tisser des textures autant que des lignes mélodiques, une contrebasse qui garde une pulsation organique même dans des morceaux à forte teneur électronique, et une batterie qui sait à la fois groover et se faire discrète. C’est cet équilibre qui permet à la trompette de Truffaz de se déployer avec sourdine, dans des nuances feutrées, sans jamais être couverte ni forcée en puissance.
Observer une telle formation en concert, c’est aussi observer comment un même musicien adapte son jeu selon les partenaires : la complicité acquise sur la durée change la manière de phraser, de laisser des espaces, de relancer un thème. C’est une leçon de musique d’ensemble autant qu’une leçon de trompette.
La sourdine et le son feutré, une signature à travailler
Ce qui distingue le plus nettement le jeu de Truffaz, pour un trompettiste qui cherche à s’en inspirer, c’est l’usage constant de la sourdine dans un contexte amplifié et souvent traité électroniquement. Contrairement à un usage purement classique ou big band de la sourdine straight ou de la sourdine wah-wah, l’objectif ici n’est pas de changer ponctuellement de couleur sur un passage, mais de construire un son d’ensemble, presque vocal, qui reste identifiable du début à la fin d’un morceau.
Travailler ce type de son suppose une émission très contrôlée, avec peu d’air mais une colonne stable, pour éviter les décrochages de justesse propres aux sourdines mal maîtrisées à faible volume. C’est un exercice exigeant, souvent négligé dans les cursus classiques, mais central dans les musiques actuelles où la trompette dialogue avec une rythmique amplifiée. Les trompettistes qui souhaitent explorer cette voie ont tout intérêt à écouter attentivement comment Truffaz gère la dynamique dans ce contexte de quartet resserré, où chaque instrument doit laisser de la place aux autres sans jamais couvrir la trompette.
Une soirée à suivre pour le public francophone
Au-delà de l’anecdote locale, cette date à Saint-Genest-Malifaux illustre une tendance plus large du jazz français actuel : la multiplication des « sessions retrouvailles », où des musiciens qui ont marqué une époque reviennent ensemble sur scène, souvent à l’occasion d’un anniversaire de festival. Pour les amateurs de trompette jazz qui n’ont pas la possibilité de se déplacer dans le Pilat, il reste la perspective de retrouvailles filmées ou d’extraits partagés par le festival et les musiciens sur leurs réseaux respectifs.
Ce type de rendez-vous rappelle aussi le rôle essentiel que jouent les festivals de taille moyenne dans l’écosystème du jazz français. Loin des très grandes scènes parisiennes ou des têtes d’affiche internationales des grands festivals d’été, des rendez-vous comme Jazz au Sommet permettent à un public de proximité d’assister, dans un cadre intime, à des retrouvailles musicales qui n’auraient pas forcément lieu ailleurs. Pour un festival de moyenne montagne, faire venir un musicien du calibre d’Erik Truffaz pour une formation aussi spécifique que cette « Revival Session » constitue un pari artistique autant qu’une marque de confiance réciproque entre l’artiste et l’équipe organisatrice, certainement nourrie par des collaborations antérieures.
Pour les trompettistes qui suivent l’actualité du jazz francophone, ce genre d’événement mérite d’être noté au-delà de la seule date du concert : il arrive régulièrement que des extraits, interviews ou captations de ce type de soirées circulent ensuite sur les réseaux du festival ou des musiciens eux-mêmes, offrant une occasion supplémentaire d’entendre comment une complicité de longue date se traduit concrètement dans l’interaction en direct.
FAQ
Qui participe à la « Revival Session » ?
Erik Truffaz (trompette), Manu Codjia (guitare), Jérôme Regard (contrebasse) et Philippe « Pipon » Garcia (batterie).
Quand et où a lieu le concert ?
Le vendredi 4 septembre 2026, à Saint-Genest-Malifaux, dans le cadre des 20 ans du festival Jazz au Sommet.
Pourquoi ce concert est-il particulier ?
Il réunit une formation qui s’est construite sur scène au fil de nombreuses tournées, plutôt qu’un simple plateau assemblé pour l’occasion.
Qu’est-ce qui caractérise le son de trompette d’Erik Truffaz ?
Un jeu souvent joué en sourdine, à la dynamique contrôlée, associé à des rythmiques empruntant au hip-hop et à l’électronique, dans une filiation revendiquée avec le Miles Davis électrique.
Faut-il avoir suivi la carrière de Truffaz pour apprécier cette soirée ?
Non : la « Revival Session » se suffit à elle-même comme moment de musique live, mais connaître le parcours du quartet permet de mieux saisir l’enjeu de cette reformation.
Source : Trompette Actus, 2 septembre 2026.