
En bref — Le 15 août 2026, France Musique a rediffusé un entretien inédit de près d’une heure avec Maurice André, enregistré en 2004 à son domicile du Pays basque. Intitulé « J’ai mordu à la musique sans m’en rendre compte », ce document sonore issu des archives de la station permet de réentendre la voix du trompettiste le plus célèbre du XXe siècle raconter, avec ses propres mots, comment il est devenu l’interprète qui a changé l’image de son instrument. L’occasion de revenir sur ce que cet enregistrement apporte, huit ans après la disparition de Maurice André, à tous ceux qui étudient ou aiment la trompette aujourd’hui.
Un document retrouvé dans les archives de France Musique
L’émission Les Trésors de France Musique a pour vocation de ressortir des archives sonores de la station des entretiens rares, parfois oubliés depuis des années. Celui-ci a été réalisé par le journaliste Marc Dumont en 2004, alors que Maurice André avait 69 ans et vivait retiré dans le Pays basque. Diffusé une première fois au printemps 2026 puis repris le 15 août dans le cadre de l’émission Mémoire retrouvée, l’entretien dure près d’une heure et donne la parole presque sans interruption au trompettiste.
Ce type de document a une valeur particulière : contrairement aux hommages ou aux biographies écrites après coup, il s’agit ici de la propre voix de Maurice André, de son phrasé, de ses hésitations et de ses formules. Pour qui s’intéresse à l’histoire de la trompette, entendre l’un de ses plus grands représentants raconter son parcours dans ses propres mots reste une source de première main assez rare.
Qui était Maurice André ?
Né en 1933 à Alès, dans le Gard, Maurice André a grandi dans une famille de mineurs avant de découvrir la trompette à travers la fanfare locale. Repéré très jeune pour ses dispositions, il intègre le Conservatoire de Paris et enchaîne rapidement les premiers prix dans les grands concours internationaux, dont le concours de Genève et l’ARD de Munich à la fin des années 1950.
Il est resté, pour plusieurs générations de musiciens, la référence absolue de la trompette classique : c’est en grande partie grâce à lui que l’instrument, longtemps cantonné à des rôles d’accompagnement dans l’orchestre, a conquis une place de soliste à part entière sur les scènes de concert. Ses interprétations des concertos de Haydn, Hummel ou Telemann, ainsi que ses très nombreux enregistrements, ont fait connaître le répertoire pour trompette bien au-delà du cercle des spécialistes. Maurice André est mort en 2012, à l’âge de 78 ans.
« J’ai mordu à la musique sans m’en rendre compte »
Le titre retenu pour l’émission n’est pas anodin : il résume à lui seul la manière dont Maurice André racontait ses débuts, presque par hasard, sans plan de carrière ni ambition affichée au départ. Dans l’entretien, il revient sur cette entrée en musique quasi accidentelle, sur l’influence de son père mineur et musicien amateur, et sur les rencontres qui ont progressivement transformé une pratique de fanfare en vocation.
Cette manière de raconter un parcours d’exception avec une grande simplicité tranche avec l’image parfois intimidante du soliste virtuose. C’est aussi ce qui rend l’entretien accessible à un large public, bien au-delà des seuls trompettistes : on y entend un homme qui parle de son instrument avec une évidence presque enfantine, loin du discours technique.
Pourquoi cet entretien reste précieux pour les trompettistes aujourd’hui
Pour les élèves et les professionnels de trompette, ce genre de témoignage a un intérêt qui dépasse la simple curiosité biographique. Il rappelle que la maîtrise technique, aussi impressionnante soit-elle chez Maurice André, s’est construite sur un rapport avant tout sensible et personnel à l’instrument. Beaucoup de pédagogues s’appuient encore aujourd’hui sur ses enregistrements pour faire entendre un son de référence, une justesse de phrasé et une clarté d’articulation qui ont posé des standards toujours en vigueur.
Réécouter Maurice André raconter lui-même ce parcours permet aussi de remettre en perspective sa place dans l’histoire de l’instrument : avant lui, peu de solistes de trompette remplissaient des salles de concert avec un programme entièrement consacré à leur instrument. Ce constat, souvent rappelé dans les hommages, prend un relief particulier lorsqu’il est raconté à la première personne.
Une discographie qui a fait connaître la trompette classique
Au-delà des concerts, c’est en grande partie par le disque que Maurice André a touché un public bien plus large que celui des salles de concert. Ses enregistrements des concertos de Joseph Haydn et de Johann Nepomuk Hummel, deux œuvres devenues depuis des passages obligés du répertoire, ont longtemps servi de référence aux étudiants du monde entier. Il a également beaucoup contribué à remettre au goût du jour des compositeurs baroques moins joués à l’époque, comme Telemann, Vivaldi ou Torelli, dont il a gravé de nombreuses pages pour trompette et orchestre.
Cette discographie abondante, estimée à plusieurs centaines d’enregistrements sur l’ensemble de sa carrière, explique en partie pourquoi son nom reste associé à l’idée même de trompette classique pour beaucoup de mélomanes qui ne sont pourtant pas musiciens. Peu d’instrumentistes, toutes disciplines confondues, ont autant contribué à faire connaître un répertoire au grand public.
Un pédagogue qui a formé toute une génération
Maurice André n’a pas seulement marqué l’histoire de la trompette par ses concerts et ses disques : il a aussi enseigné, notamment au Conservatoire de Paris, où il a formé ou influencé plusieurs générations de trompettistes qui occupent aujourd’hui des postes de soliste dans les plus grands orchestres et conservatoires. Cette double casquette d’interprète et de pédagogue explique pourquoi son approche du son et du phrasé continue d’être enseignée bien après sa disparition : beaucoup de professeurs actuels ont eux-mêmes été formés par des élèves directs de Maurice André, ou par lui-même.
Ce rôle de passeur est d’ailleurs l’un des fils conducteurs de l’entretien diffusé par France Musique : Maurice André y revient sur la transmission, sur ce qu’il doit à ses propres professeurs, et sur la manière dont il envisageait son rôle vis-à-vis des jeunes musiciens qu’il croisait.
Une reconnaissance qui a dépassé le cercle des trompettistes
La carrière de Maurice André lui a valu des distinctions que témoignent de cette reconnaissance élargie : Grand Prix du disque à plusieurs reprises, nominations aux Grammy Awards américains, et Commandeur de la Légion d’honneur en France. Ce n’est pas tant l’accumulation de titres qui frappe que leur nature : peu d’instrumentistes solistes de trompette, avant ou après lui, ont obtenu une telle visibilité dans des institutions habituées à récompenser des chanteurs d’opéra, des pianistes ou des chefs d’orchestre.
À l’international aussi, son nom reste associé à l’idée d’un renouveau de la trompette solo. Aux États-Unis comme au Japon, où il s’est produit à de nombreuses reprises, Maurice André a contribué à faire émerger un public pour le concert de trompette en tant que tel, alors que l’instrument restait le plus souvent perçu comme un simple pupitre d’orchestre ou de fanfare. Cette dimension internationale de sa carrière est un aspect que l’entretien de 2004, centré sur son parcours personnel, permet également d’éclairer par petites touches, à travers ses souvenirs de tournées et de rencontres.
Comment écouter l’épisode
L’épisode « J’ai mordu à la musique sans m’en rendre compte », présenté par Françoise Monteil, est disponible en réécoute sur le site et l’application de France Musique. Il dure environ une heure et s’adresse aussi bien aux trompettistes confirmés qu’aux auditeurs simplement curieux de découvrir la voix de l’un des plus grands musiciens français du XXe siècle.
Cette actualité a été relayée par Trompette Actus, qui reste une source de référence pour suivre l’actualité de la trompette en France.
FAQ
Quand cet entretien a-t-il été enregistré ?
En 2004, à son domicile du Pays basque, par le journaliste Marc Dumont pour France Musique.
Pourquoi ressort-il maintenant ?
Il a été rediffusé le 15 août 2026 dans le cadre de l’émission Les Trésors de France Musique, consacrée à des archives sonores marquantes.
Où peut-on l’écouter ?
Sur le site et l’application de France Musique, dans les archives de l’émission Mémoire retrouvée.
Qui présente l’émission ?
L’épisode est présenté par Françoise Monteil, dans le cadre du cycle Les Trésors de France Musique consacré aux archives sonores de la station.
Faut-il être trompettiste pour apprécier cet entretien ?
Non : au-delà des souvenirs techniques, l’entretien se concentre surtout sur le parcours humain de Maurice André, ce qui le rend accessible à toute personne curieuse de musique classique.
Mise à jour du 1er septembre 2026 : la seconde partie de l’entretien est disponible
France Musique a mis en ligne la suite de cet entretien dès le lendemain de la première diffusion. Ce second épisode, intitulé « J’ai mis la trompette sur son piédestal parce que c’est un instrument noble », est disponible depuis le 16 août 2026 dans la même émission « Les Trésors de France Musique », présentée par Françoise Monteil. D’une durée de près d’une heure, il prolonge directement les propos recueillis par Marc Dumont en 2004 et permet désormais d’écouter près de deux heures d’archives inédites sur le parcours et la vision de l’instrument de Maurice André.
Le titre de ce second volet résume à lui seul l’ambition qui a guidé toute la carrière du trompettiste : avoir voulu, selon ses propres mots, « mettre la trompette sur son piédestal parce que c’est un instrument noble ». Les deux épisodes réunis constituent aujourd’hui un document précieux pour les trompettistes en formation comme pour les musiciens confirmés, disponibles gratuitement sur le site de France Musique et sur les principales plateformes de podcast, dont Apple Podcasts.
Source de cette mise à jour : Trompette Actus.